AC/DC Power Up Tour : le dernier grand coup de tonnerre du rock'n'roll
2026-07-29
Il y a des concerts auxquels on assiste. Et puis il y a ceux dont on sort avec cette sensation étrange d'avoir vécu quelque chose qui dépasse largement le simple spectacle musical. La tournée Power Up d'AC/DC appartient clairement à cette deuxième catégorie.
Je dois avouer un détail qui a son importance : AC/DC n'est pas vraiment mon terrain naturel. Mes réflexes musicaux vont plutôt du côté de Radiohead, Sonic Youth ou Foo Fighters — un rock plus alternatif, plus tordu, moins frontal. Alors quand j'ai eu la chance de vivre deux fois cette machine de guerre, une première fois à Hockenheim en Allemagne, dans la fosse, au cœur du public, puis l'année suivante au Stade de France, en tribune face à la scène, je m'attendais à apprécier poliment. Pas à en ressortir sonné. Deux expériences totalement différentes, deux ambiances incroyables, mais avec le même constat à la sortie : AC/DC reste une force de frappe unique dans l'histoire du rock, et ça, aucune étiquette de genre ne peut l'ignorer.
Parce qu'AC/DC, au fond, ce n'est pas seulement un groupe. C'est un rituel. Une communion intergénérationnelle autour de quelques accords de guitare, d'un son reconnaissable entre mille et d'un personnage devenu mythique : Angus Young.
Une institution qui ne cherche à être que ce qu'elle est
Depuis plus de cinquante ans, AC/DC poursuit une trajectoire presque anachronique dans un monde musical qui change à une vitesse folle. Pas de révolution permanente, pas de recherche de modernité artificielle : une guitare, une batterie, une voix éraillée et une énergie brute. C'est probablement ce qui fait leur force. AC/DC n'a jamais cherché à être autre chose qu'AC/DC.
La tournée Power Up, liée à l'album du même nom sorti en 2020, aurait pu être une tournée de nostalgie, une sorte de musée ambulant du rock. Il n'en est rien. Dès les premières minutes, on comprend que le groupe est encore capable de mettre une claque monumentale. Bien sûr, les années ont passé. Certains membres historiques ne sont plus là. La voix de Brian Johnson porte les traces du temps. Mais l'essentiel demeure : cette alchimie incroyable entre une rythmique implacable et la guitare d'Angus Young.
Hockenheim : la fosse, le chaos organisé
La première expérience à Hockenheim fut probablement la plus viscérale. Être dans la fosse d'un concert d'AC/DC, c'est être plongé dans une immense marée humaine où toutes les générations se mélangent, et c'est peut-être ça le plus fascinant. Devant moi, des jeunes qui découvrent le groupe ; derrière moi, des fans présents depuis plusieurs décennies. Des enfants accompagnant leurs parents, des quinquagénaires venus retrouver la bande-son de leur jeunesse, et même des spectateurs de 70 ou 80 ans toujours debout, toujours prêts à hurler. AC/DC réussit quelque chose de rare : réunir tout le monde sans jamais diluer son identité.
Et puis il y a ce moment magique de Highway to Hell. Dès les premières notes, le stade se transforme. Une mer de petites lumières rouges apparaît dans la nuit : les fameuses cornes de diable lumineuses. À Hockenheim, j'avais résisté — je trouvais ces accessoires hors de prix, presque un peu gadget. Mais voir cette vague rouge autour de soi, voir des dizaines de milliers de personnes participer au spectacle, c'est tellement associé à l'imagerie AC/DC que j'ai fini par céder à Paris. Parce qu'au fond, un concert d'AC/DC, c'est aussi ça : accepter de redevenir un gamin pendant deux heures.
Le Stade de France : la puissance vue d'en haut
L'année suivante, changement complet d'expérience : direction le Stade de France, cette fois en tribune, avec une vue plongeante sur la scène. Et là, le choc est différent. Dans la fosse, on ressent AC/DC. En tribune, on mesure AC/DC. Voir cette immense scène, ces milliers de personnes, ces jeux de lumière, cette foule qui bouge comme un seul organisme, c'est presque impressionnant de voir l'ampleur du phénomène.
Le fameux train d'introduction, les écrans géants, les cloches, les explosions : tout est pensé comme un immense spectacle de rock classique, dans le meilleur sens du terme. Pas d'artifice inutile, pas de technologie qui prend le dessus. Tout est au service des chansons. Et quelles chansons.
Angus Young, un phénomène qui défie le temps
S'il fallait retenir une seule image de cette tournée, ce serait évidemment celle d'Angus Young. À près de 70 ans, il reste ce petit démon électrique en costume d'écolier, courant partout sur scène, multipliant les grimaces, les solos interminables et son fameux duck walk. Mais derrière l'image du personnage se cache surtout un musicien exceptionnel.
Angus possède cette chose rare chez les grands artistes : une identité immédiatement reconnaissable, où trois notes suffisent pour savoir que c'est lui. Son jeu est simple en apparence, mais terriblement efficace ; il connaît parfaitement l'art du riff, celui qui reste gravé dans la mémoire collective. Angus Young n'est pas seulement un guitariste, c'est un showman, un véritable animal de scène. Il ne joue pas simplement de la guitare : il incarne le rock.
« For Those About To Rock » : le moment où le rock devient une expérience physique
Et puis arrive le final. Quelques mots seulement : « For those about to rock, we salute you. » L'un des plus grands hymnes jamais écrits sur le rock. Tout le monde sait ce qui va arriver, tout le monde attend. Puis les canons apparaissent.
Et là, c'est indescriptible. Le son, la puissance, les explosions qui résonnent dans le Stade de France, ce n'est plus seulement de la musique, c'est une expérience physique. Ces canons symbolisent parfaitement AC/DC : massif, direct, sans détour. Une célébration du rock dans ce qu'il a de plus simple et de plus spectaculaire.
Le dernier grand feu d'artifice du rock ?
La tournée Power Up ressemble forcément à un passage de témoin. Le temps avance, les légendes vieillissent, et les grandes machines du rock deviennent de plus en plus rares. Mais AC/DC prouve encore une chose essentielle : l'énergie n'est pas une question d'âge.
Voir Angus Young courir sur scène après toutes ces années, voir un stade entier chanter les mêmes refrains, voir plusieurs générations réunies autour des mêmes morceaux, c'est comprendre pourquoi certains groupes deviennent immortels. AC/DC n'a jamais cherché à être à la mode. AC/DC est devenu une référence.
Et pendant quelques heures, à Hockenheim comme au Stade de France, le monde entier semble encore tourner autour de quatre accords de guitare et d'un cri : « Let there be rock ! »